La bombe française
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Centre Saharien d'Expérimentations Militaires (CSEM)
à Reganne* - Hamoudia
dans le nord du désert du Tanezrouft, vaste plaine située à l'ouest des montagnes du Hoggar

* Riqqan en arabe

Les deux centres d'essai au Sahara
Source : www.moruroaetatou.com

Quatre essais atmosphériques

Champ de tir pour fusées-sondes
Type : Site de lancement suborbital, Operateur : France
Pays : Algérie. Latitude : 26°43' N. Longitude : 0°17' E
Crédit : Mark Wade

Bassin du Tanezrouft
blanc : étendues salées
jaune : dunes de sable (erg)
marron : collines de grès
cercles concentriques : affleurements de grès
image du satellite japonais ALOS (Advanced Land Observing Satellite)
 capturée le 24 juin 2009 avec l'instrument AVNIR-2
(Advanced Visible and Near Infrared Radiometer type-2)
Crédit : JAXA et ESA
 

Premier tir : Gerboise bleue

Avec cette bombe atomique, la France devenait la quatrième puissance nucléaire, après les Etats-Unis, l'URSS et le Royaume-Uni.
 

Le désert du Tanezrouft
après la petite palmeraie d'Azarafil
en 1960-1961 (photo prise de Reggane)
Crédit : kerleo.net/voyages/sahara/
 

Le CSEM à l'extrémité ouest du plateau
en 1960-1961 vu d'avion

Crédit :
kerleo.net/voyages/sahara/
 

Plan du site d'Hamoudia avant l'explosion
Crédit : Science et Vie n°551, avril 1960
 

La tour de Gerboise bleue utilisée
pour l'explosion nucléaire atmosphérique
hauteur : 106 m.
à 50 kilomètres au sud-ouest de Reggane

Crédit : source militaire anonyme
 

Des soldats français ont été exposés délibérément aux essais nucléaires atmosphériques pour " étudier les effets physiologiques et psychologiques produits sur l’homme par l’arme atomique ". C'est ce que révèle un rapport classé secret défense intitulé " La Genèse de l’organisation et les expérimentations au Sahara " et révélé par le quotidien français Le Parisien dans son édition du mardi 16 février 2010.
 

« Manœuvres tactiques en milieu contaminé »

Le jour J, les chars sont alignés à trois kilomètres du point zéro. « Le souffle a secoué les 42 tonnes d'acier. J'ai regardé par le périscope le champignon s'élever, c'était un spectacle effroyable. Il a fallu se diriger droit dessus. Le pylône sur lequel reposait la bombe n'était plus qu'un moignon tordu. » Son char croise des camions renversés, des avions, des bateaux disposés par l'armée autour du point zéro afin d'étudier la résistance à l'effet de souffle et à la chaleur. « Ils étaient chauffés à blanc, certains chars avaient fondu et ressemblaient à des morceaux de chocolat. Nous avons manœuvré toute la journée, la trouille au ventre. » Paul Chesseron n'a jamais pu connaître la quantité de radiations qu'il a encaissée. Mais, deux ans après la fin de son service militaire, de larges plaques brunes sont apparues de manière inexplicable sur tout son corps. « Je les ai gardées plus de dix ans. »
Paul Chesseron, pilote de char Patton M47 au 12e régiment de cuirassés / Source : www.dissident-media.org/infonucleaire/news_veterans.html
 

Le champignon atomique de Gerboise bleue
Première bombe A française de 60-70 kT (kilotonnes)
soit 4 fois la bombe d'Hiroshima
Reggan le 13 février 1960
Crédit : S.C.A. Service des Foyers Reggan
 


Le cratère de Gerboise bleue
et les " restes " de la tour de test
Le sable du désert a été
vitrifié en une matière noire.
Crédit : photo d'époque / source militaire anonyme
Voir le cratère dans Google Earth
ou tapez : 26 19 44.44N, 0 05 10.34W
(élargir le zoom pour embrasser toute la région)
 

Le cratère de Gerboise bleue
vu par SPOT le 17/11/ 2006 à un altitude simulée de 1 240 m
Crédit : Google Earth

Cette explosion atmosphérique s’est faite contre l’avis des trois puissances atomiques de l’après-guerre (Etats-Unis, URSS et Grande-Bretagne) qui venaient de signer un moratoire contre les essais atmosphériques et la France était visée directement par celui-ci.


Suivent trois autres tirs :

Gerboise blanche, le 1er avril 1960 (moins de 5 kT), sur une plateforme
Gerboise rouge, le 27 décembre 1960 (moins de 5 kT), tour de 50 m
Gerboise verte, le 25 avril 1961 (moins de 5 kT), tour

" Le rapport annuel du CEA de 1960 montre d'ailleurs l'existence d'une zone contaminée de 150 km de long environ... "
Source : Les essais nucléaires français, sous la direction d'Yves Le Baut, Bruylant 1996, page 67 in Rapport n° 179 du Sénat
Aujourd'hui " les équipements irradiés ensevelis [sont] à nouveau à découvert... la région est toujours contaminée par les radiations, et pour plusieurs milliers d'années. " Mohamed Bensalah, Le Quotidien d'Oran, 16 avril 2009


Centre d'expérimentations militaires des oasis (CEMO)

à In-Ekker  : 13 essais souterrains en tunnel

Selon une clause secrète des accords d’Evian, même après l’indépendance de l’Algérie en 1962, la France peut exploiter pendant cinq ans les bases d'essais nucléaires. Treize autres essais auront lieu jusqu’en 1966.

In Ekker est une petite localité comprenant une citadelle ou bordj située sur la bordure occidentale du massif du Hoggar à environ 150 km au nord-nord-ouest de Tamanrasset. In Amguel est le nom de la base-vie (10 km au Nord du village du même nom) où séjournaient les militaires français. Le Taourirt tan Afella est la montagne où se trouve le site des essais nucléaires.
 

Le puits
utilisé pour les explosions nucléaires souterraines
Crédit : source militaire anonyme
 
 

Technique de confinement américaine
expérimentée au Nevada
et communiquée à la France
Source : www.dissident-media.org/infonucleaire/les_officiels.html
" Lors de l'explosion, les roches avoisinantes prenaient
un mouvement radial, créaient la cavité liée au tir tout en
écrasant la spirale, et faisaient ainsi disparaître
la galerie d'accès. "
Yves Rocard, MEMOIRES sans concessions, Grasset 1988
 

Essai souterrain à In Ekker
au nord-ouest de Tamanrasset, Algérie
Crédit : source militaire anonyme
" L'onde de choc sismique puissante secoue la surface
de la montagne, un nuage de poussière s'envole comme
un brouillard, mais en quelques secondes retombe à terre.
"
Yves Rocard, MEMOIRES sans concessions, Grasset 1988

 

Essai Béryl le 1er mai 1962
devenu atmosphérique
vidéo de l'accident

Crédit : source militaire anonyme
"
L'ingénieur de ma petite équipe, avisé comme tout le
monde de l'instant zéro, examinait aux jumelles ce
spectacle féerique lorsque, quelques secondes plus tard,
il voit sortir de la base même de la montagne un
minuscule nuage tout rouge qui grossit rapidement. Le
nuage très chaud s'en vient à passer sur un dépôt de
vieux pneus qui prirent feu aussitôt, ajoutant une âcre
fumée noire à ce qui s'échappait de la montagne. "
Yves Rocard, MEMOIRES sans concessions, Grasset 1988
Source : www.dissident-media.org/infonucleaire/les_officiels.html
 

" Une fraction égale à 5 à 10 % de la radioactivité est
sortie par la galerie, sous forme de laves et de scories
projetées qui se sont solidifiées sur le carreau de la
galerie, d'aérosols et de produits gazeux formant un
nuage qui a culminé jusqu'aux environs de 2 600 m
d'altitude à l'origine d'une radioactivité détectable jusqu'à
quelques centaines de kilomètres. "
Source : www.dissident-media.org/infonucleaire/les_officiels.html

 

" Le 1er mai 1962, un essai a été raté. Il n'avait pas été suffisamment confiné. L'accident a provoqué un nuage radioactif de 2 600 m d'altitude irradiant ceux qui étaient sur place et plusieurs régions ", dit-il.
Michel Dessoubrais, 69 ans, faisait partie ce jour-là d'un groupe de neuf militaires postés à quelques kilomètres de la montagne.
" J'étais en face de la montagne au moment de l'explosion. C'était terrible. La terre a tremblé sous nos pieds. Un nuage radioactif de 2 600 m de hauteur nous a irradié ", se souvient-il.

Tous les témoignages mettent en exergue le fait que les conséquences continuent à ce jour d’affecter lourdement la santé de nombreuses familles qui vivent toujours dans un environnement radioactif.

Le président de " l'association du 13 février 1960" , en référence à la date du premier essai nucléaire à Reggane (1 700 km au Sud d'Alger), El Hamel Omar, se contente de parler de revendications humanitaires.
" Nous réclamons la décontamination des sites, la construction d'un hôpital pour soigner les personnes malades et de laboratoires de recherches pour suivre les effets de ces essais ", précise-t-il à l'AFP.
" Nous voulons savoir s'il existe une relation entre les 80 cas de cancers à l'hôpital de Reggane et les essais ", ajoute-t-il.
Pour M. Desbordes, il n'y a pas de temps à perdre. " Il faut rassembler en urgence les déchets radioactifs et récupérer tout ce qui a été dispersé, les confiner et les isoler ".
Source : http://andreassozpol.blog.de

Panneau de danger en mauvais état
à l'entrée du site d'essai nucléaire de la montage Tan Affelah à Tamanrasset en 2010
Il signale le danger de cette zone toujours irradiée depuis les essais nucléaires français au début des années 60.
Crédit : AFP/Fayez Nureldine

Une simple clôture en grillage et des panneaux marqués " danger " délimitent le site d'In Ekker dans le Sahara algérien où des déchets radioactifs sont toujours à l'air libre après 13 essais nucléaires français effectués dans les années 60.
Au bord de la N1, la principale route dans le grand sud, le temps semble figé. Depuis le départ des Français à la fin de l'année 1967, aucune opération de décontamination n'a été menée sur le site d'In Ekker, à 150 km au Nord de Tamanrasset (1 970 km au Sud d'Alger), où ont été effectués les 13 essais nucléaires souterrains.

" Le site des tirs contient des centaines de milliers de tonnes de déchets radioactifs et constitue un danger pour les populations locales et l'environnement ", déclare à l'AFP Roland Desbordes, membre de la CRIIAD.

M. Desbordes était jeudi sur les lieux avec une équipe de chercheurs algériens et étrangers, des journalistes et des victimes des essais.
" Les laves des roches qui ont fondu sous l'effet des explosions entourent la montagne et constituent des déchets hautement radioactifs. Il y a toujours des gens qui récupèrent du métal et des câbles abandonnés sur les lieux ", affirme-t-il.
" Je n'ai jamais vu un tel niveau de radioactivité. Sur la lave, on reçoit 100 fois plus que la radioactivité naturelle ", dit-il encore.
Douze des 13 essais ont provoqué des fuites radioactives et quatre des accidents, indique Ammar Mansouri, chercheur au Centre de recherche nucléaire d'Alger.

Il affirme en 2011 que « les victimes algériennes des essais nucléaires sont dans une situation telle qu’ils n’ont aucun droit de regard sur les archives pouvant prouver leur présence sur les lieux des explosions ‘‘ Gerboise bleue ’’. Il rappelle à cet effet que la France a mis sous le sceau du secret toutes les archives relatives à la période des essais nucléaires datant de 1960 à 1966, y compris les rapports médicaux sur la situation sanitaire à Reggane soulignant que « par une loi de juillet 2008, la France a décidé de classer secret défense pour l’éternité toutes les archives des essais nucléaires français en Algérie, car elle veut tourner une page d’histoire qu’elle n’entend plus revoir ».

Larbi Benchiha dans " L’Algérie, de Gaulle et la bombe " démontre que cette zone d’essais, pas aussi inhabitée qu’on a voulu le faire croire, ne fut pas décontaminée par l’armée française lors de son départ. A ce jour, il existe encore des victimes de cette exposition aux radiations, au sein de la population de cette région. Larbi Benchiha relève aussi l’impact sur l’environnement, en soulignant que « si la puissance des explosions a causé des déplacements tectoniques, voire des séismes, elle a aussi altéré l’architecture des foggaras (système ancestral d’irrigation souterraine) ; la propagation des particules radioactives a souillé pour longtemps la région».  

Voir aussi : | Rapport (parlementaire sur les)...essais nucléaires français entre 1960 et 1996 | Association des Vétérans des Essais Nucléaires Français et leurs familles AVEN |

| La seconde Guerre mondiale | Les progrès scientifiques | Les tests américains | Les premières bombes atomiques | La guerre froide | La course aux armements |

| Voyage dans le Hoggar |


Un téléfilm primé au festival de Saint-Tropez : Vive La Bombe !
En novembre 1961, la France procède à son premier essai nucléaire souterrain en Algérie... (France, 2005, 86mn) ARTE F.

Algérie, 1er mai 1962. La guerre est finie depuis moins de deux mois mais, en vertu d'accords secrets avec le FLN, de Gaulle poursuit les essais atomiques français dans le Sahara. Philippe, un jeune lieutenant, et trois appelés du contingent, Fred, Jojo et Javiez, font partie de l'une des compagnies chargées d'assurer la sécurité autour de la montagne du Taourirt, où va s'effectuer un tir nucléaire souterrain. Mais au cours de l'essai, le Taourirt se fissure ; un nuage atomique s'échappe de la montagne et se déploie au-dessus des jeunes soldats. Exposés tout l'après-midi aux radiations, ils attendent un ordre de repli qui ne vient pas...


 
A près 40 ans de silence, ils parlent enfin et racontent ce qu’ils ont vu... En 1960 et 61, ils étaient appelés du contingent, et ils ont été envoyés par les autorités, en plein cœur du (...)
Un reportage de Valérie LUCAS et Laetitia LEGENDRE

On peut télécharger la vidéo au format Real Player.


Conséquences des essais nucléaires aériens en Polynésie française (1966-1974)

L'atoll de Moruroa

| Association des anciens travailleurs et victimes de Moruroa et Fangataufa |

Page mise à jour le 24/12/2012