Les conditions des grandes découvertes
Accueil Remonter Les premiers découvreurs 1492, le film Premières représentations du Nouveau Monde


Des hommes audacieux découvrent le monde

| Motivations géopolitiques | Révolution technique et scientifique | Recherche scientifique | Esprit missionnaire | Esprit d'aventure et courage | Nommer et représenter ce nouveau monde |

- Des motivations économiques :

La route de la soie
lampas tissé au Japon vers 1865
Crédit : Musée Historique des Tissus de Lyon
Elle était doublée par une voie maritime amenant en
Europe les trésors de l'Orient :
les soieries et les
épices tant convoitées.
L’usage excessif d’épices
dans la cuisine médiévale
permettait de mieux
conserver la viande et
de masquer
le goût faisandé des aliments.

Caravane sur la route de la soie
d'après les récits de Marco Polo
La plus longue route commerciale terrestre de l'Antiquité
à partir du IIème s. après J.-C. ; trajet : plus de 7 000 km
Le voyage durait de 6 à 7 ans :
rares étaient ceux qui l'effectuaient en entier.
Crédit : Cresques Abraham, détail de l'Atlas catalan, 1375
La confection de la soie
 

" Cette caravane est partie de l'empire de Sarra pour aller au Catay (Chine).

Sachez que ceux qui veulent traverser le désert s'arrêtent et se reposent pendant une semaine entière dans une ville appelée Lop, dans laquelle eux et leurs bêtes se rafraîchissent et s'approvisionnent de tout ce qui est nécessaire pour sept mois ; car, dans le désert, un homme peut marcher une nuit et un jour avant de pouvoir trouver de l'eau bonne à boire. Mais ce jour et cette nuit passés, on en trouve tant qu'elle suffit à cinquante, cent personnes, ou davantage. Et s'il arrive que, pendant la nuit, quelque voyageur chevauchant s'endorme, soit par maladie ou pour autre motif, et qu'ainsi il quitte ses camarades, il advient souvent qu'il entend dans l'air de nombreuses voix de diables, semblables aux voix de ses compagnons ; encore l'appellent-ils par son propre nom ; enfin les diables le conduisent tellement çà et là par le désert, de même que le feraient ses compagnons, qu'il ne peut plus les retrouver. Et de ce désert mille nouvelles en sont connues. "

Atlas catalan

On parlait d'îles fabuleuses au sud de la Chine où poussaient à profusion le clou de girofle et la noix de muscade. Mais seuls les Arabes y avaient accès. Au XIIème siècle, d'énormes jonques chinoises, transportant plus de mille personnes, s'engageaient dans le golfe Persique pour venir y vendre des épices.

La route des épices

" Cette contrée de Calicut, appelée l’Inde supérieure, est celle d’où viennent les épices qui se consomment au couchant, au levant, ainsi qu’en Portugal et même dans tous les quartiers du monde ; c’est également de la ville appelée Calicut qu’on tire maintes pierres précieuses de toutes sortes. La même cité produit sur son propre territoire les épices suivantes : quantité de gingembre, de poivre et de cannelle, bien qu’elle ne soit pas aussi fine que celle que l’on tire d’une île appelée Çillam [Ceylan], distante de huit journées de Calicut. Toute cette cannelle vient s’entreposer dans cette cité de Calicut, et dans une île nommée Melequa [Malacca] qui lui fournit le clou de girofle. C’est là que les navires de la Mecque prennent leur chargement d’épices pour le transporter à une ville des Etats de la Mecque qui a nom Judea [Djedda]. Depuis cette île jusque là, on compte cinquante jours de mer avec vent de poupe, car les vaisseaux de ce pays sont mauvais bouliniers. Là, ils déchargent leur marchandise et paient au grand Soudan ses droits ; puis ils l’embarquent derechef sur de plus petits bâtiment qui la transportent, par la mer Rouge, en un lieu nommé Tuuz [Suez], proche de Santa-Catarina du mont Sinaï, où ils paient un nouveau droit. En cet endroit, les marchands chargent les épices sur des chameaux de louage, à raison de quatre cruzados par tête, et, en dix jours, les conduisent au Caire où ils ont à payer encore un droit. Il leur arrive mainte fois, sur cette route du Caire, d’être détroussés par des voleurs que l’on rencontre en ce pays, tels que les Alarves [Arabes] et d’autres encore. Là, ils recommencent à embarquer leur marchandise sur un fleuve appelé le Nil qui vient des Etats du Prêtre Jean, dans les Indes inférieures ; ils naviguent sur ce fleuve durant deux jours, jusqu’à ce qu’ils atteignent un endroit appelé Rosette, où ils paient un autre droit. Enfin, on charge encore une fois la cargaison sur des chameaux qui la portent, en un jour, à une cité du nom d’Alexandrie, laquelle est port de mer. C’est en cette cité d’Alexandrie que les galères de Venise et de Gênes viennent chercher les épices dont il se trouve que le grand Soudan tire six cent mille cruzados de droits ; il en donne annuellement cent mille à un roi nommé Cidadym pour faire la guerre du Prêtre Jean ; quant à ce titre de grand Soudan, il s’achète à prix d’argent et ne se transmet pas de père en fils. "
Source : Journal du voyage de Vasco da Gama en 1497, trad. A. Morelet, Lyon, Louis Perrin, 1864

" La paix mongole "
(
Chantal Lemercier-Quelquejay)

L'invasion mongole du XIIIème siècle a pour effet d'unifier les steppes de l'Eurasie et de rouvrir la route de la soie qui relie l'Europe à la Chine à travers l'Asie centrale.

Des marchands occidentaux audacieux en profitent aussitôt. Le plus célèbre est Marco Polo, qui parcourra l'Asie en tous sens pendant 25 ans au service de l'empereur mongol de Chine, Kubilaï Khan.

| La lecture des récits de Marco Polo |

Marco Polo
Gravure du XVIe siècle, Galerie de Mgr Badia, Rome
 

Deuxième voyage de Maffeo et Nicolo Polo
et du fils de ce dernier, Marco
Crédit : www.freewebs.com/worldtrade/

Périple vers Cathay

Après 25 ans d’absence,
Marco Polo revient à Venise en 1295.

 

Annotations de la main de Christophe Colomb
sur l'édition latine du livre de Marco Polo Le livre des merveilles

Crédit : "Le Livre des Merveilles", édition latine, Séville, Bibliotheca Colombina

Marco Polo rapporte dans ses écrits, Le devisement du monde, que les toits des temples de Cipango (le Japon) étaient recouverts d'or massif.

Le manque d'or :

L'or qui est à la base de l'activité économique de la Renaissance, n'est plus produit en quantité suffisante en Europe. De plus, la conquête par l'Islam des principales régions où se trouvent les mines d'or, explique les difficultés de la création monétaire en Europe.

Ducat vénitien
début du XIVème siècle
pièce d'or frappée dès 1282 contenant 3,495 g d'or fin
Crédit : www.memo.fr

Le ducat d'or vénitien devient une des pièces
principales de la circulation monétaire en Europe.

 

Henri d'or frappé en 1550
à Villeneuve Saint-André les Avignon
Crédit : www.cgb.fr/monnaies
Conséquence de la Renaissance, des portraits
apparaissent sur les monnaies. Ils seront de plus en plus
soignés, les rois choisissant les meilleurs graveurs du
pays pour les réaliser, à la fois par prestige
et par sécurité contre les fausses pièces.

Le mythe des cités d'or qui remonte au XIIème siècle, exacerbe cette recherche de l'or.


- Des motivations géopolitiques :

| La chute de Constantinople en 1453 |

Le besoin de contourner la puissance ottomane qui, depuis le milieu du XVe s., détient le monopole du commerce vers les Indes et de s'affranchir des pirates barbaresques qui pullulaient en Méditerranée.

La prise de Constantinople par les Turcs
menace le commerce avec l'Asie.

enluminure de Jean Chartier, Chronique, Belgique, XV°siècle
 

L'empire ottoman en 1550
Source : www.collegeahuntsic.qc.ca
 

|  Les royaumes ibériques sont délivrés de la présence arabo-musulmane seulement en 1492 |

El Cid Campeador (1045-1099)
le héros de la Reconquista

La soif de terres : Les terres conquises sur les maures sont partagées, mais à la fin du XVe siècle, il n'y a plus de terres à coloniser sur le continent, il devient donc nécessaire d'en chercher ailleurs.
Le soutien de Ferdinand et Isabelle est subordonné à l'aboutissement de la Reconquista contre les Arabes dans la péninsule Ibérique (prise de Grenade).


- Une révolution technique et scientifique :

| Le gouvernail d'étambot |

Rame-gouvernail sur un bateau romain du Rhin
datant du premier siècle ap. J.-C.
Source : http://wapedia.mobi/fr/Gouvernail

Une caraque ou nef
Au XII° s., apparaissent à Gênes et Venise
des navires marchands
pouvant emporter beaucoup de fret.

Apparu au XIº siècle en Perse, le gouvernail remplace au XIVº siècle le couple de longue rames utilisées jusqu'alors pour diriger les navires.

L'utilisation du gouvernail d'étambot diminue les efforts pour diriger le navire et permet d'emporter des cargaisons plus lourdes. Cela signifie que les bénéfices tirés de chaque voyage seront plus importants et que les expéditions pourront être plus lointaines puisqu'on peut emporter plus de vivres et qu'on peut se ravitailler dans des comptoirs.

Les portugais inventent un nouveau navire plus trapu que la galère et plus fin que la nef :
la caravelle

La coque est construite " à carvel " avec des planches ajustées bord à bord et d'impeccables calfatages, ce qui assure un glissement dans l'eau bien supérieur à ce que procurait la construction " à clin ", c'est-à-dire les planches se chevauchant.

La caravelle est munie d'un gréement double :
voiles carrées pour les allures au vent arrière et voiles latines pour naviguer au près. Le navire possède trois mâts, ce qui permet, avec les combinaisons de gréements, de pouvoir utiliser toutes les directions du vent et conserver le même cap.

Caravelles portugaises
dans le port de Lisbonne, XVIe siècle
Leurs plans étaient jalousement gardés secrets.
modifications apportées aux caravelles
Source : gmshistoire.blogspot.com

Caravelle portugaise, XVIe siècle
avec trois voiles latines
Les navires des explorateurs portugais arborent
la croix de l’Ordre du Christ d'Henri le Navigateur.
Source : gmshistoire.blogspot.com

Reconstitution des navires de Christophe Colomb
à Palos de la Frontera, port atlantique d'où est parti Christophe Colomb pour son premier voyage

Crédit : www.doc-espagne.com
| Deux caravelles : la Niña à gauche et la Pinta
à droite|  Une caraque ou nef = la Santa-Maria au centre |
 

Reconstitution de la Nina
caravelle de Christophe Colomb
équipage de 25 hommes

Crédit : TV CHANNEL 2

Les navires des explorateurs espagnols arborent
la croix de l’Ordre du Temple.
Henri le Navigateur, initiateur des grandes découvertes, est
nommé, en 1420, gouverneur de l'ordre du Christ, successeur
des chevaliers du Temple dont le siège était à Tomar
entre Porto et Lisbonne.
Source : gmshistoire.blogspot.com

Plan d'une caravelle espagnole
à deux voiles carrées
identique aux vaisseaux de Christophe Colomb

La caravelle est l'outil des grandes découvertes :
voilier long, rapide et léger, aux lignes affinées.

Colomb et son pilote, Juan de La Cosa, savaient qu'ils allaient devoir
faire une bonne partie du voyage avec l'alizé de nord-est, donc à des
allures de largue. Ils se méfiaient de la tenue à la mer des caravelles
à voiles latines dans ces conditions. Colomb modifia le gréement de
la Nina aux Canaries lors de son premier voyage, substituant à ses
voiles latines des voiles carrées au grand mât et à la misaine.

 

La vérité historique sur les bateaux de Colomb

Déterminer sa position : | Les coordonnées géographiques |

Avant les grandes découvertes, les marins avaient peur de s'éloigner en haute mer. Le savoir des pilotes reposait uniquement sur la navigation à l'estime, d'où leur navigation près des côtes. De plus, la Méditerranée est une mer fermée : après quelques jours de navigation en gardant le même cap, on est certain de trouver une terre connue.

Les portugais progressent par cabotage le long des côtes africaines et s'établissent aux Canaries, aux Açores et au Cap Vert.

La boussole (de l'italien bossolo, petite boîte) |

Lorsque les navires perdent la terre de vue, les navigateurs doivent observer le Soleil ou les étoiles avec des instruments de navigation. Les difficultés surgissent quand les conditions atmosphériques ne permettent pas de voir le soleil le jour ou les étoiles la nuit.

Trouver le Nord

Boussole chinoise Si Nan (=gouverneur du sud)
 de la dynastie Han

de 206 av. J.-C. à 220 ap. J.-C
La plaque de bronze représente la Terre, la cuillère en magnétite,
la Grande Ourse, est posée dans un cercle, le ciel. Grâce à son dos
arrondi, le manche peut pivoter vers le sud.
Elle
sera remplacée plus tard par une aiguille pivotant sur son axe.
Les 24 graduations, composées de huit trigrammes, du Si Nan sont
toujours utilisées de nos jours sur les compas
des navires de pêche chinois.

Crédit : musée portuaire de Dunkerque
La boussole sera introduite en Europe,
via le monde arabe, vers le XIIe siècle.
Alexander Neckam, De nominibus ustensilium, 1180-87 (?)

Boussole marine
origine chinoise attestée dès 1117
(Zhu Yu),
connue par les Arabes,
perfectionnée en Italie au début du XIV° siècle
Shen Kuo décrit un compas magnétique, flottant dans un
récipient d'eau pour atténuer les mouvements du navire.

Il sera mis au point pendant la dynastie des Song.

Le calcul de la longitude est alors inconnu

On est incapable de calculer la longitude, car ce calcul nécessite d’avoir des horloges fiables ; ce qui impossible jusqu'à la deuxième moitié du XVIIIème siècle, non que l'on ne sache pas en construire, mais on ne sait pas en faire qui restent fiables sur un navire en mer.

Le calcul de la latitude

Le calcul de la latitude se faisait avec l'astrolabe.

L'astrolabe astronomique (preneur d'étoiles) a probablement été inventé par l'astronome grec Hipparque, puis utilisé par Ptolémée.
L'astrolabe en laiton est originaire de Perse et a été amélioré par les arabes.

L’astrolabe nautique, différent de l'astronomique (à ne pas confondre), popularisé vers 1460, a été simplifié pour être utilisé en mer. Un anneau coulé dans du laiton épais, pour la solidité, est marqué avec des degrés le long du bord.
L’astrolabe nautique était utilisé pour déterminer la latitude, c'est-à-dire la position nord-sud sur le globe, en visant le Soleil à midi  au moment où il cesse de monter. Le complément à 90° de la hauteur du soleil avec la déclinaison solaire donne la latitude en une seule opération. Il en reste quelques douzaines d'exemplaires, les autres ayant disparu avec les navires.

Voir aussi : | Tom Wujec (thèse universitaire) le fonctionnement de l'astrolabe du XVème siècle (vidéo) | Les instruments des grandes découvertes |

Astrolabe nautique datant de 1568
musée national de Mahébourg
Crédit : www.isle-bourbon.com
Principal instrument de navigation jusqu'au
XVIIIe siècle, lorsque fut inventé le sextant. Les
astrolabes du XVe siècle ne sont plus utilisables de
nos jours à cause de la précession des équinoxes.
La principale source d’erreur venait de la difficulté à
aligner l’alidade sur l'étoile choisie par mer agitée.
 

 Christophe Colomb utilisant un astrolabe
Bronze, Don F. Wiegand, vers 1948
La tradition rapporte que Colomb en a utilisé un pour
mesurer la hauteur des astres. Certains croient toutefois
qu’il a employé un compas et un simple quadrant.
Source : Musée des Chevaliers de Colomb, New Haven, Connecticut

Tom Wujec explique (en anglais)
le fonctionnement de l'astrolabe

 

Il faudra attendre le XVème siècle et l’établissement, vers 1485, de tables pratiques de déclinaison du soleil pour voir se développer l’astrolabe nautique utilisable de jour sur l’ensemble du globe. On doit ce progrès aux Portugais : c’est Martin Behaim, astronome du roi Jean II, qui en répandit l’usage auprès des navigateurs.
Source : journal.hautehorlogerie.org

Le nocturlabe : Grâce à lui, le navigateur peut faire le point la nuit et connaitre l'heure.

Le nocturlabe
C'est un astrolabe nocturne.
dessin d'Apianus, 1539
Crédit : www.louisg.ne

Schéma d'utilisation du nocturlabe
Crédit : journal.hautehorlogerie.org
Il se compose de deux disques gradués, d’un bras
tournant ou alidade et d’une poignée dont on se servait
pour le tenir à la verticale.

La constellation de la Grande Ourse
Crédit : www.louisg.net

L'arbalestrille
in " Le traité de navigation "
de Jacques de Vaulx (1583-84), pilote havrais
autre modèle en plus haute définition
Source : Bibliothèque nationale de France
in commons.wikimedia.org

Le calcul de la latitude la nuit : Il repose sur l'écart angulaire entre l'horizon et l'étoile polaire la nuit. Pour mesurer la latitude, on utilise le cercle gradué en degré en alignant la marque 0° avec l’horizon. En pointant l’étoile polaire avec l’alidade, on lit la valeur angulaire représentant sa hauteur et donc la latitude du lieu.

Le calcul de l'heure nocturne : On place minuit face au jour du mois de l'observation et, en tenant l'instrument à bout de bras, on vise l'étoile polaire au travers du trou central. Il suffit alors de déplacer l'alidade (la grande règle) jusqu'à ce qu'elle semble venir toucher une étoile prise comme référence, bien entendu une étoile visible tout au long de la nuit et toute l'année et proche de l'étoile polaire à cause de la longueur limitée de l'alidade. Sur ce modèle, il s'agit des deux " gardes " de la Grande Ourse (voir ci-dessus). Il suffit alors de lire l'heure sur la plaque centrale à l'endroit où est positionnée l'alidade.

On ignore qui sont les inventeurs du nocturlabe et l'époque où cet instrument est apparu. Michel Coignet le décrit  pour la première fois en 1581.

Par la suite, la navigation a été facilitée par des inventions comme le quadrant de John Davis (vers 1595) ou l’octant de John Hadley (1731), prédécesseurs du sextant moderne, et, surtout, grâce à la résolution du problème des longitudes par John Harrison qui testa son premier chronomètre de marine en 1736.

Faire le point sur la carte marine

Les portulans : Ils deviennent de plus en plus précis grâce aux relevés des pilotes. Leur invention est liée à celle de la boussole. Ce sont des cartes marines où ne figurent que les renseignements pour la navigation. Les Portulans dessinent le tracé détaillé des côtes. Le nom des ports est placé obliquement par rapport à celles-ci, d'où le terme portugais qui désigne ces cartes.

Ces cartes sont construites sur un canevas de lignes le marteloire, différent du quadrillage des parallèles et des méridiens. Issues de la rose des vents, ces lignes de rhumbs ne servent pas à mesurer les distances, mais indiquent aux marins les angles de route pour se diriger grâce à l'usage de l'aiguille aimantée de la toute nouvelle boussole.

Les portulans qui nous sont parvenus, sont la plupart du temps des cartes d’apparat, les cartes utilisées par les marins ont généralement été perdues. Les portulans sont nés dans les cités marchandes de Venise et Gênes et se sont développés au XIVème siècle.

" Carte marine de la mer Baltique, de la mer du Nord,
de l'océan Atlantique Est, de la mer Méditerranée,
de la mer Noire et de la mer Rouge "
par
Angelino Dulcert, Majorque, 1339
Manuscrit de feuilles sur vélin enluminées et assemblées

premier portulan connu élaboré à Majorque
Comme sur les autres cartes catalanes, la chaîne de l'Atlas épouse
la forme d'une patte de coq, les Alpes celle d'un T, les monts de
Bohême celle d'un fer à cheval.
Source : gallica.bnf.fr

Atlas catalan, 1375
attribué à
Cresques Abraham
Partie occidentale restaurée.
Crédit : www.vallenajerilla.com

 

 


 

Majorque, la plus grande des îles Baléares, devient le grand centre des portulans. En 1354, le roi Pierre Ier de Castille ordonne qu’aucun navire ne sorte de Majorque s’il n’a pas au moins deux cartes embarquées. Les Etats conservaient ces cartes comme leur plus précieux trésor.
 

" Par quoi il apparaît que la terre est ronde "
Gossuin de Metz dans L'image du monde
Copie du début du XIVe siècle, manuscrit sur parchemin, crédit : BNF
 

La carte dite des frères Colomb
autour de 1490
portulan de Bartolomeo et Cristoforo Colombo, Lisbonne
On l'a identifié d'après les notes de Colomb que l'on a retrouvées
sur celui-ci.
Sur la partie allongée du parchemin (le cou de l'animal),
une mappemonde dont le centre est Jérusalem, entourée de cercles
célestes, symbolise le concept géocentrique de l’univers.
Elle
comporte, au large des Indes, l'île du Paradis Terrestre, que Colomb
crut avoir découvert lors de son troisième voyage (Terre de Gracia
et Margarita). Il était persuadé de l'existence du jardin d'Eden. Dans
sa lettre aux rois catholiques envoyée en 1498 des Caraïbes, il
affirme en avoir trouvé l'entrée.
Le drapeau espagnol sur Grenade
montre que la carte a été réalisée après janvier 1492 et la reconquête
de la ville musulmane. Il n’existe pas d’intention de montrer de
nouvelles découvertes faites à partir de 1493, comme c’est le cas sur
le planisphère de Juan de la Cosa de 1500 et les cartes suivantes.
D’où l’on peut déduire que cette carte date du début de 1492.

Globe de Martin Behaim, daté de 1492
Considéré comme le plus ancien globe connu, il
représentait l'état des connaissances
géographiques de l'époque.
Crédit : www.georouen.org
C'est le premier grand globe que l’on ait conservé, de 1492, juste
avant le départ de Colomb
. Il montre la face connue et inconnue
du monde, alors que les portulans montrent seulement l’œkoumène.
Le Japon y est représenté, mais évidemment pas l’Amérique. Si on
mettait le Japon où il est sur ce globe sur un spécimen actuel, il se
situerait à l’Est des Antilles ! Le globe terrestre est une innovation
conceptuelle fondamentale, mais ces erreurs ont conduit Colomb à
tenter la traversée de l’Atlantique. C'est pourquoi il n’a jamais
compris qu’il avait trouvé un nouveau continent.

Carte de 1492 montrant l'océan atlantique
Reproduction du globe de Martin Behaim
Source : wikimedia.org

C'est la représentation de la Terre
qu'avait Christophe Colomb avant son départ.
Après les Canaries, sur le tropique du Cancer,
c'est l'inconnu.

L'utilisation des alizés et des courants marins : il fallait utiliser judicieusement les vents, particulièrement les alizés sous les tropiques.

Les navigateurs ont pris en compte le système des vents. Les portugais ont compris que pour aller sur la côte sud de l'Afrique, il valait mieux se laisser déporter à l’ouest par les alizés, puis revenir ensuite vers le sud de l’Afrique, cette route maritime s'est appelée la " volta " (en portugais), elle a entraîné la découverte du Brésil !

Le système de la vuelta (en espagnol) a été transposé ensuite dans le Pacifique par les Espagnols.

La route maritime actuelle des alizés
L'itinéraire classique du tour du monde en jaune est porté
par les alizés. Ce sont des vents d'Est de 20 à 25 nœuds qui
soufflent dans l'hémisphère Nord à partir de
l'anticyclone des Açores (et des Bermudes).

Les grands courants marins
Crédit : www.reynier.com

| La projection de Mercator |


- Un souci de recherche scientifique :

| Marchandises rapportées de l'Amérique par la Pinta |

Un plan de tomates
Sur cette planche, elles ressemblent à l'actuelle variété " cœur de bœuf ".

Source : " L'Histoire naturelle des indes "
 

| XVIIIe : explorations scientifiques confiées à des missions de géographes et de naturalistes |


- Un esprit missionnaire :

| Le mythe du prêtre Jean - voir ici également (Il s'agit sans doute du négus d'Éthiopie) |

Le Prêtre Jean figure sur de nombreuses cartes

Enluminure d'un portulan représentant le prêtre Jean
 


Le Prêtre Jean avec la chape et la mitre d’un évêque
Carte marine de la Méditerranée (détail)
Mecia de Viladestes, Majorque, 1413
Manuscrit sur vélin
Source : BNF, département des Cartes et Plans

- La lettre du Prêtre Jean : Des rumeurs prennent des proportions énormes, lorsque commencent à circuler différentes versions d'une lettre, adressée par le Prêtre Jean à différents monarques d'Europe ou au pape, selon les versions. Cette fausse lettre qui est probablement une gigantesque mystification est lue et propagée avec passion jusqu'à l'époque des Grandes Découvertes. Marco Polo et Jean de Joinville sont tous les deux convaincus que le royaume du prêtre Jean a existé. Source : littexpress.over-blog.net

| L'idée de la croisade défensive contre l'islam | Le renouveau du sens missionnaire de l'Église | Histoire des syncrétismes de la fin de l’Antiquité (Michel Tardieu) |

)

Fac-similé d'un croquis de Christophe Colomb
Des anges le protègent lors de son voyage.
Sa signature est dans le rectangle en bas à gauche.
Crédit : Commandant Charcot
Source : cristobal-colon.net/index.html

Christophe Colomb trouva un bon accueil auprès de la reine Isabelle qui s'intéressait à l'aspect missionnaire du projet : il s'agissait non seulement de partir en exploration, mais de porter la " bonne nouvelle " au Grand Khan de Chine (que Marco Polo avait jugé favorable aux chrétiens) et peut-être même de prendre à revers les musulmans.

Christophe Colomb se doit de montrer un but provenant du Moyen Age : l’extension de la foi chrétienne, comme pour les croisades. Depuis la chute des États latins d'Orient en 1291, les chrétiens cherchent sans cesse des alliés contre l’Islam. Or la Chine de Marco Polo est présentée comme une alliée. De plus, toutes les nouvelles populations doivent être converties pour renforcer la chrétienté.

Le départ de Palos, le 3 août 1492 : " En cette année 1492, après que vos Altesses eurent mis fin à la guerre contre les Maures en la très grande cité de Grenade [...] elles pensèrent, comme ennemis de la secte de Mahomet, m'envoyer aux Indes. Elles m'ordonnèrent d'emprunter la route de l'ouest, [...] m'anoblirent et [...] décidèrent que je serais grand amiral de la flotte océane et vice-roi des terres découvertes et à découvrir. [...] Je quittai le port de Palos. » Extrait du journal de Christophe Colomb

- A la recherche du Paradis perdu :

Parce que c’est l’endroit où l’homme a été créé et où il devait vivre. Selon la Bible, Dieu a béni nos premiers parents en les installant dans un Paradis, un magnifique parc ou jardin (Genèse 2:8, note). Ce parc occupait une partie de la région appelée Éden qui signifie Plaisir. La Bible le présente comme une réalité historique et fournit des indications géographiques sur son emplacement originel (Genèse 2:10-14). Les deux repères qu'étaient les fleuves Pishôn et Guihôn étant perdus, l’emplacement exact du jardin d'Éden demeure inconnu.

En se rebellant contre Dieu, nos premiers parents nous ont fait perdre à tous le paradis (Genèse 3:1-23). Cependant, l’homme n’a pu effacer de son cœur le désir d’y vivre. On trouve des traces du récit biblique dans de nombreux mythes. Ainsi, les Grecs ont élaboré le mythe de l’âge d’or, une époque idéale où l’humanité aurait mené une vie paisible et facile.

Beaucoup ont essayé de retrouver l’Éden perdu depuis longtemps. Certains l’ont cherché en Éthiopie, selon d’autres légendes, il serait perché sur une haute montagne. Devant tant de contradictions, Christophe Colomb se désespère : “ Je n’ai jamais trouvé ni lu un écrit des Latins ou des Grecs qui, d’une manière certaine, dise en quel endroit du monde se trouve le paradis terrestre. ” Il finit par se convaincre qu’il se situe quelque part au sud de l’Équateur.
 

Après son troisième voyage vers le Nouveau Monde, Christophe Colomb s’exclame :

“ Il semble que ce pays soit le paradis terrestre, car il correspond à la description des saints et des sages théologiens que j’ai mentionnés. ”

" Les gens de ce pays-ci sont de très belle stature et plus blancs que tous ceux que nous avons pu voir aux Indes. (…) L’Écriture sainte témoigne que Notre Seigneur fit le Paradis terrestre, qu’il y mit l’arbre de vie et que de là sort une source d’où naissent en ce monde quatre fleuves principaux: le Gange aux Indes, le Tigre et l’Euphrate en Asie (…) et le Nil qui naît en Ethiopie et se jette dans la mer à Alexandrie. (…) Je suis convaincu que là est le Paradis terrestre, où personne ne peut arriver si ce n’est par la volonté divine. Je crois que cette terre dont Vos Altesses ont ordonné maintenant la découverte sera immense et qu’il y en aura beaucoup d’autres dans le Midi dont on n’a jamais eu connaissance.(…) Et je dis que si ce n’est pas du Paradis terrestre que vient ce fleuve, c’est d’une terre infinie, donc située au midi, et de laquelle jusqu’à ce jour il ne s’est rien su. Toutefois, je tiens en mon âme pour très assuré que là où je l’ai dit se trouve le Paradis terrestre."
Christophe Colomb, Lettre aux rois catholiques, 1498

 

Le Paradis au Brésil ?

" Cette terre est très agréable, pleine d'arbres de haute taille qui ne perdent jamais leurs feuilles et dont émanent des odeurs suaves. On se croirait au Paradis. (...) Cette terre est peuplée par des gens tous nus, tant les hommes que les femmes. Ils n'ont ni loi, ni foi aucune, ils vivent selon la nature et ne connaissent pas l'immortalité de l'âme. ils n'ont rien qui leur soit propre et tout est commun entre eux ; ils n'ont pas de frontière entre provinces et royaumes, ils n'ont pas de roi et n'obéissent à personne. "
Amerigo VESPUCCI, extrait, éd. Les Belles Lettres


La découverte de l'Amérique

Christophe Colomb (Cristoforo Colombo)
portrait posthume réalisé par Ridolfo Ghirlandaio vers 1520
Source :
Musée Il Padiglione del Mare e della Navigazione, Gênes

Au Portugal, Christophe Colomb se procure des livres qu'il consultera sans cesse pour étayer son grand rêve de voyage vers les Indes :

- la Géographie de Ptolémée : manuscrit de l'astronome alexandrin du IIe siècle ap. J.-C.. retrouvé au début du XVe siècle qui décrivait le monde connu en donnant, pour tous les lieux, leurs coordonnées en degrés ; l'édition princeps de 1478, que Colomb posséda, était accompagnée de 27 cartes ; l'Eurasie y mesurait 180 degrés ; la nomenclature de Ptolémée sera à l'origine de tout ce qu'écriront et chercheront les explorateurs durant un siècle.

La carte de Ptolémée en trais gras
superposée à une projection de Mercator actuelle

Source : www.henry-davis.com

- l'Imago mundi du cardinal Pierre d'Ailly (1350-1420) : vaste compilation du savoir antique, où la notion de la rotondité de la terre, garantie par l'autorité d'Aristote, est tenue pour prouvée ; il y est dit qu'un même océan baigne les rivages d'Espagne et ceux d'Asie. D'après un astronome plus ancien que Ptolémée, Marin de Tyr, l'Eurasie mesurait 225 degrés et non 180 degrés.
Colomb se livre à des calculs sur la largeur de cet océan : il adopte une mesure du degré de 45 milles nautiques (au lieu des 50° de Ptolémée). D'où il conclut sur les marges de son exemplaire du livre que " entre la fin de l'Orient et la fin de l'Occident, il n'y a qu'une petite mer ". " Les Indes ne sont pas à plus de 750 lieues à l'ouest des îles Canaries. "

Pourquoi ne pas essayer de la franchir ? Les relais entre l'Europe et l'Asie seraient la mystérieuse île " Antilia " (portée sur les cartes depuis 1424, mais plus que probablement imaginaire), et " Cypango " (le Japon) dont avait parlé Marco Polo.

-  la Description du monde de  Marco Polo

Le projet de voyage de Christophe Colomb ressemble à celui de la lettre de Toscanelli adressée en 1474, par ce savant florentin à un chanoine de Lisbonne. Colomb a pu emprunter ou non à Toscanelli son objectif asiatique, car l'idée était dans l'air du temps et pour la concrétiser, on construisait des globes, ce qui obligeait à donner une dimension précise à l'Atlantique. Colomb en a réalisé, mais ceux qu'il a fabriqués ont disparu. Il existe en revanche un globe de l'Allemand Martin Behaim, qui vécut au Portugal en même temps que le Génois (cf. ci-dessus) : les dimensions de l'Atlantique et la nomenclature des îles relais sont semblables à celles de la " lettre de Toscanelli ".

Les souverains du Portugal s'intéressaient depuis longtemps aux explorations atlantiques : leurs marins avaient découvert chaque île de l'archipel des Açores et l'on espérait, en allant toujours plus à l'ouest, parvenir à " Antilia " ou " île des Sept Cités ", d'autant que des débris végétaux (provenant de la côte américaine) étaient parfois rejetés sur les rivages açoréens. Il semble même que l'existence du Brésil ait été pressentie : d'après Colomb, le roi Jean II croyait qu'il y avait " une très grande terre ferme à l'ouest ". Ce qui expliquerait le découpage du traité de Tordesillas...

Chercher la route de Cathay (et/ou de la Chine) et des îles à épices de l'Inde par l'Occident, tel est le projet que le Génois présente à la cour de Lisbonne. En vain, car l'intérêt immédiat du roi Jean II est de poursuivre un autre objectif, alors sur le point d'aboutir : contourner l'Afrique pour parvenir jusqu'à l'Inde. Ses navigateurs s'étaient déjà avancés bien au sud de l'équateur, prouvant ainsi que les " antipodes méridionaux " n'étaient pas inaccessibles, comme l'avaient prétendu les savants des siècles passés.

Ambrosius Theodosius Macrobius (395–423)
In Somnium Scipionis, Lib. II, Convivia primi diei Saturnaliorum, Lib. VII, (vers 430 ap. J.-C.)
gravure sur bois de 12,3 cm de diamètre, dans un livre de Joannes Rubeus Vercellensis, Venise, 1492
Il défend l'idée d'une terre ronde avec deux hémisphères divisés par un océan équatorial (
Alveus Oceani). Cette théorie provient de Cratès de Mallos (II° s. ap. J.-C..) ; voir la reconstitution moderne du globe de ce dernier. Macrobius identifie des zones climatiques froides [frigida] et tempérées [temperata] et torrides [perusta] (théorie de Parménide). Dans l'hémisphère sud, se trouve un vaste continent (Antipodum Nobis Incognita). Les travaux de Macrobius étaient très populaires au Moyen Age.
 

Les tractations de Colomb avec les savants de l'entourage de Jean II se passent mal. Découragé, il quitte le Portugal en 1485 et se rend dans le royaume de Castille de Ferdinand et Isabelle. Il séjourne au monastère de La Rabida près du port andalou de Palos.

Colomb, pendant qu’il était à Cordoue, n'en continua pas moins avec persévérance ses efforts pour être écouté et parvenir jusqu'aux souverains. Ne pouvant y réussir, il prit la plume, et s'adressa directement au roi Ferdinand en ces termes :

« Sérénissime Prince,

  Je navigue dès ma jeunesse. II y a près de quarante ans que je cours les mers. J'en ai visité tous les parages connus, et j'ai conversé avec un grand nombre d'hommes savants, avec des ecclésiastiques, des séculiers, des Latins, des Grecs, des Maures, et des personnes de toutes sortes de religions. J'ai acquis quelque connaissance dans la navigation, dans l'astronomie et la géométrie. Je suis assez expert pour dessiner la carte du monde, et placer les villes, les rivières et les montagnes aux lieux où elles sont situées. Je me suis appliqué aux livres de cosmographie, d'histoire et de philosophie. Je me sens présentement porté à entreprendre la découverte des Indes; et je viens à Votre Altesse pour la supplier de favoriser mon entreprise. Je ne doute pas que ceux qui l'apprendront ne s'en moquent ; mais si Votre Altesse me veut donner les moyens de l'exécuter, quelques obstacles qu'on y trouve, j'espère la faire réussir. »

 

Au lendemain de la prise de Grenade, Colomb obtient enfin ce qu'il désire.

" Le projet [du voyage] étant donc accepté sans contrôle, sans restriction, tel que l'inspiration l'avait conçu, il ne restait plus qu'à fixer les avantages qu'on attribuerait à son auteur, après la réussite. Une Commission, encore présidée par le prudent Fernando de Talavera, fut chargée de régler ce point. Colomb eut à conférer avec elle, et à lui faire connaître ses prétentions. Il dut les poser catégoriquement.

Alors cet homme, à la pensée plus vaste que le monde, laissa percer la grandeur de ses espérances par le prix qu'il fixait à leur réalisation. En l'entendant, les commissaires durent être frappés de stupeur. Voici, en effet, les principales conditions posées par cet étranger, aux couronnes d'Aragon et de Castille. Il serait :

Vice-roi.
Gouverneur général des îles et terre ferme à découvrir.
Grand Amiral de la mer Océane (océan Atlantique).
Ses dignités se transmettraient héréditairement dans sa famille par droit d'aînesse.

Il recevrait royalement la dîme de toutes les richesses, perles, diamants, or, argent, parfums, épices, fruits et productions quelconques découvertes ou exportées dans les régions soumises à son autorité.

En entendant de telles prétentions, les commissaires s'indignèrent de sa hardiesse. L'orgueil de ces courtisans se courrouçait à l'idée qu'un Italien qu'on avait si souvent tourné en dérision ou pris en pitié, tandis qu'il se morfondait dans les antichambres, sollicitant des audiences, osait aujourd'hui stipuler des titres qui le placeraient au-dessus des plus nobles maisons d'Espagne. La conférence fut suspendue.
Source : Roselly de Lorgues, Christophe Colomb, Histoire de sa vie et de ses voyages, tome premier, Paris, Didier et Cie, 1856

Le 17 avril 1492, il signe les Capitulations de Santa Fe, qui lui confèrent les titres et prérogatives d'amiral, vice-roi et gouverneur des " îles et terres fermes "  éventuellement découvertes. Les souverains lui remettent des lettres de créance pour le Grand Khan. La Couronne participe à la moitié des frais ; l'autre moitié est avancée à Colomb par des banquiers génois de Séville.

En 1486, après avoir consulté les dernières cartes du monde, Christophe Colomb envisage la possibilité d'atteindre les Indes en naviguant vers l'Ouest sur le 28° parallèle.
The Geographical Conceptions of Columbus: A Critical Consideration of Four ... par George Emra Nunn

3 août 1492

« Nous partîmes le vendredi 3 août 1492, à 8 heures, de la barre de Saltes*. Nous allâmes vers le sud (...) puis au sud quart sud-ouest, ce qui était le chemin des Canaries. »

6 septembre

« [Colomb] partit ce jour-là au matin du port de la Gomera [Canaries] et prit le cap de son voyage. »

24 septembre

« Plus les indices de la terre (...) se révélaient vains, plus la peur des marins grandissait ainsi que les occasions de murmurer. Ils se retiraient à l'intérieur des navires et disaient que l'Amiral, par sa folle déraison, s'était proposé de devenir grand seigneur à leurs risques et périls et de les vouer à une mort abandonnée. (...) Ils étaient si attentifs à ces signes que, jusqu'à la terre, chaque heure leur devint année. »

11 octobre

« Ils virent des pétrels et un jonc vert tout près de la nef amirale. (...) Ceux de la caravelle Nina virent aussi d'autres signes de terre et un rameau d'épine chargé de ses fruits. À cette vue, ils respirèrent tous et se réjouirent. (...) Ce fut un marin nommé Rodrigo de Triana, qui vit cette terre (Ile Watling aux Bahamas, sans doute) le premier (...). [Le lendemain] l'Amiral se rendit à terre dans sa barque armée (...). L'Amiral déploya la bannière royale (...) [Il prit] possession de ladite île (...) au nom du Roi et de la Reine, ses Seigneurs. »

21 octobre

« Ensuite je veux partir pour une autre île, très grande, qui doit être Cipango (Japon) si j'en crois les indications que me donnent les Indiens que j'emmène avec moi, laquelle ils nomment Colba (Cuba) (...). Je verrai aussi en passant les petites îles qui sont sur le chemin des grandes et, selon ce que je trouverai d'or ou d'épées, je déciderai ce qu'il convient de faire. »

16 janvier 1493

« Il partit trois heures avant le jour (...) du golfe des Flèches (...) et reprit le cap nord-est quart est, droit sur l'Espagne. »

14 février

« Cette nuit, le vent augmenta encore et les vagues étaient épouvantables. Allant l'une contre l'autre, elles se heurtaient, embarrassaient en se brisant sur lui la marche du navire qui ne pouvait ni avancer ni sortir d'entre elles (...). L'Amiral et l'équipage firent vœu d'aller, tous en chemise, dès l'arrivée à la première terre, en procession prier [la Vierge]. »

15 février

« Quand le soleil se fut levé, ils virent la terre (...). Certains dirent que c'était l'île de Madère, d'autres que c'était le roc de Cintra en Portugal (...). L'Amiral, d'après le pointage de sa navigation, se situait aux îles des Açores (...). Les pilotes et les matelots croyaient être déjà devant la terre de Castille. » [C'était en fait l'île de Santa Maria aux Açores.]
Extraits du Journal de bord de Christophe Colomb lors de son premier voyage en Amérique (1492-1493) (Traduit par S. Estorach et M. Lequenne, Maspéro, 1979)

* Le départ a lieu depuis la pointe sud de l'île de Saltes, formée d'un banc de sable; le port de Palos situé en amont de l'embouchure du Rio Tinto ne permet pas de gagner le large sans avoir franchi cette barre de sable. La barre de Saltes est située à proximité du confluent de la rivière Odiel et du rio Tinto qui vient de Palos.

La magistrale erreur de Christophe Colomb

Le coup de chance de Colomb aura été de prendre le départ des Canaries, à la latitude exacte (28° N) où il sera poussé en droite ligne vers l'ouest par l'alizé. Après seulement 35 jours de navigation à partir des Canaries, il aborde à Guanahani à deux heures du matin, qu'il baptise San Salvador, le 12 octobre 1492. C'est une grande date que celle de la rencontre par les Européens des premiers sauvages nus : les " Indiens ".

Le projet était en soi périlleux voire de la pure folie vu la taille des bâtiments, l'état incertain de la mer et la distance à parcourir, le voyage lui-même étant considéré comme sans retour... Seuls des marins peu recommandables acceptèrent de s'embarquer dans cette aventure, les marins aguerris restant sur le quai estimant avoir plus de chances de survivre en restant à terre !

Mais Colomb était " un des meilleurs navigateurs de tous les temps " (d'après Mahn-Lot,1960).
D'après l'Encyclopaedia Universalis

Carte de l'île d'Hispaniola (Saint-Domingue)
dessinée par Christophe Colomb durant le premier voyage
Colomb se livre à une navigation de découverte pour reconnaître la côte.
Source : www.medarus.org
 

Les quatre voyages de Christophe Colomb
1er voyage : départ le 3 aout 1492 de Palos, arrivée
le 12 octobre à
Guanahani, soit 71 jours, avec une
escale aux Canaries, du 9 août au 6 septembre
 Christophe Colomb eut toujours la conviction
de trouver la route des Indes par l'Ouest.
carte plus détaillée
 

L'exploration des Caraïbes
 

Christophe Colomb débarquant au nouveau monde
Guanahani
(San Salvador, Bahamas) le 12 octobre 1492
Gravure sur cuivre de Théodore de Bry,
in " Collectiones peregrinatiorum in Indiam orientalem et Indiam
occidentalem, XIII partibus comprehenso a Theodoro, Joan-Theodoro
de Bry, et a Matheo Merian publicatae. Francofurti. 1590-1634.
Fol. (Chapitres I à VI, édité et illustré par T. de Bry) "
Colomb et ses accompagnateurs montrent par leur attitude et leur
accoutrement les entreprises peu humanistes qui vont présider à la
réduction des indigènes tandis que les Indiens aux intentions
pacifiques méconnaissent les motivations de leurs visiteurs.
C'est un message anticatholique et antiespagnol
de cet artiste hollandais et protestant.

NB : Toutes les gravures de Th. de Bry sont monochromes.
 

" Christophe Colomb arrive en Amérique "
On voit la Nina, la Pinta et la Santa Maria
à l'arrière plan.
Chromo de L. Prang & Co., Boston, 1893
Crédit : Prang Educational Co.

 

 

 

 

Lettre de Christophe Colomb à Luis de Santangel

annonçant la découverte écrite en février 1493


« Seigneur,

Sachant que vous aurez du plaisir à apprendre la nouvelle de la victoire que le Seigneur m’a donnée dans mon voyage, je vous écris cette lettre, pour que vous sachiez que je suis arrivé aux Indes en vingt jours (en fait 36 jours), avec la flotte que les Très Illustres Roi et Reine, nos Seigneurs, m’avaient confiée. J’y ai découvert un très grand nombre d’îles, habitées par une population infinie. J’ai pris possession de toutes ces îles, au nom de Leurs Altesses, par voix de héraut et avec la bannière royale déployée, sans rencontrer aucune contradiction.
J’ai mis le nom de San Salvador à la première île que j’ai découverte, en l’honneur de Sa Divine Majesté, qui a fait le miracle de permettre tout cela : les Indiens l’appelaient Guanahani. J’ai appelé la deuxième île Sainte-Marie de la Conception ; la troisième, l’île Fernandine ; la quatrième, l’Isabelle ; la cinquième, île Juana ; et ainsi de suite, j’ai donné un nom nouveau à chacune d’elles.
(...)
L’île Espagnole est une véritable merveille : les chaînes des montagnes et les pics aussi bien que les vallées et les campagnes. La terre en est si belle et si grasse qu’elle semble également appropriée pour semer et cultiver, pour élever n’importe quelle classe de bétail, ou pour construire des villes et des villages. Quant aux ports de la mer, on ne saurait me croire sans les avoir vus. Il y a beaucoup de grandes rivières, dont l’eau est excellente ; et la plupart d’entre elles charrient de l’or. Pour ce qui est des arbres, des fruits et des plantes, il y a une grande différence entre ceux d’ici et ceux de l’île Juana. Dans celle d’ici, il y a beaucoup d’épices, et de grandes mines d’or et d’autres minerais.

Les habitants de cette île, aussi bien que de toutes celles que j’ai découvertes et dont j’ai pris possession, et de celles sur lesquelles je n’ai fait que recueillir des renseignements, vont tous tout nus, les hommes aussi bien que les femmes, tels que leurs mères les ont mis au monde. Il n’y a que quelques femmes qui se couvrent un seul endroit du corps avec la feuille de quelque plante, ou avec un mouchoir de coton qu’elles tissent à cet effet. Ils ne connaissent pas le fer ni l’acier ; ils ne possèdent pas d’armes et ne savent pas s’en servir. Ce sont pourtant des hommes bien bâtis et de bonne stature ; mais ils sont excessivement lâches.
(...)
Cela suffit pourtant. L’éternel Dieu, Notre Seigneur, qui donne la victoire à tous ceux qui suivent son chemin, même lorsque cette victoire semble impossible (et il n’y a pas de doute que celles-ci en est une ; car on avait déjà parlé ou écrit sur ces terres, mais seulement par conjecture et sans produire des preuves matérielles, en sorte que la plupart de ceux qui en entendaient parler pensaient qu’il s’agissait de récits fabuleux), ainsi donc, Notre Rédempteur donna cette victoire à nos Très Illustres Roi et Reine et à leurs illustres royaumes. Il s’agit d’une chose si importante, que toute la chrétienté doit s’en réjouir et faire de grandes fêtes, pour rendre grâces solennellement à la Sainte Trinité, avec bien des prières solennelles, non seulement à cause de la gloire qu’on en retirera, grâce au grand nombre de peuples qui seront convertis à notre sainte foi, mais aussi à cause des richesses matérielles, qui pourront fournir ici des gains et des bénéfices à l’Espagne aussi bien qu’à toute la chrétienté.


Raconté aussi brièvement que cela fut fait.
Ecrit sur la caravelle, en vue des îles Canaries, le 15 février de l’an 1493.
Prêt à obéir à vos ordres,
L’Amiral. »


Luis de Santangel recevant la  lettre de Colomb
Source : Museo Naval de Madrid

A son retour, le navigateur avait relaté les circonstances de son voyage dans trois lettres manuscrites, envoyées en Espagne, dont les originaux sont perdus. La première s'adressait aux souverains Ferdinand et Isabelle et on en connaît aucune édition imprimée. La deuxième, appelée la Lettre espagnole, datée de Lisbonne le 14 mars 1493 et adressée au chancelier D'Aragon Luis de Santangel, n'est connue sous forme imprimée que par deux exemplaires, conservés à la New York Public Library et à l'Ambrosienne de Milan. La troisième, dénommée la Lettre latine, est adressée à Gabriel Sanxis, trésorier d'Aragon. On n'en connaît que neuf éditions contemporaines en latin.

Christophe Colomb à la cour royale d'Espagne à Barcelone
Victor A. Searles (Library of Congress, Washington)
Source :
www.fotolibra.com/images


- L'esprit d'aventure et le courage :

La perte des navires portugais qui tentaient de franchir le cap Bojador (au Sahara occidental actuel), avait fait naître le mythe de l'existence de monstres marins et la réputation de limite infranchissable pour ce " cap de la peur " comme le surnommaient les marins portugais. Après lui, s'étendait la mer des Ténèbres.

Des marins audacieux se sont lancés cap à l'ouest vers des univers totalement inconnus qu'on imaginait infestés de monstres.
Détail d'un portulan : les cartographes ont orné les portulans d'une multitude de lieux mythiques et d'animaux imaginaires à l'aspect monstrueux comme le Léviathan, énorme serpent de mer capable d'engloutir un navire entier. De plus, les équipages étaient persuadés que la mer était en ébullition au niveau de l'équateur.

Secunda etas mundi
in Chroniques de Nuremberg (Liber Chronicorum), 1493
de Hartmann Schedel (
édition allemand
e)
Ce planisphère orné de créatures fantastiques, a reçu l'imprimatur de l'Eglise catholique et raconte l'histoire du monde de la création au XV° siècle.
Cette carte est basée sur celle de Ptolémée et ne reflète absolument pas la découverte de l'Amérique par Christophe Colomb.
Crédit : www.hrc.utexas.edu


- Comment nommer et représenter ce nouveau monde ?

" America "
Christophe Colomb tient un astrolabe dans sa main gauche.
gravure de Théodore Galle d'après un dessin de Jan van der Straetvers 1600

La définition du " sauvage " selon Montaigne

" Je trouve qu'il n'y a rien de barbare et de sauvage en cette nation, à ce qu'on m'en a rapporté, sinon que chacun appelle barbarie ce qui n'est pas de son usage, comme de vrai il semble que nous n'avons autre mire de la vérité et de la raison que l'exemple et idée des opinions et usances du pays où nous sommes. Là est toujours la parfaite religion, la parfaite police, parfait et accompli usage de toutes choses. Ils sont sauvages, de mêmes que nous appelons sauvages les fruits que nature, de soi et de son progrès ordinaire, a produit : là où, à la vérité, ce sont ceux que nous avons altérez par notre artifice et détournez de l'ordre commun, que nous devrions appeler plutôt sauvages. En ceux là sont vives et vigoureuses les vraies et plus utiles et naturelles vertus et propriétés, lesquelles nous avons abâtardies en ceux ci, et les avons seulement accommodées au plaisir de notre goût corrompu. "
Montaigne, Essais (1,3 1), « Des cannibales », après 1580

Amerigo Vespucci aborde au Nouveau Monde
" Americus Vespuccius Florentinus portentosa navigatione ad Occasum atque ad Austrum duas orbis terrarum partes […] Americam. "
Illustration inspirée des relations écrites par le navigateur
"Johannes Stradan, inven.", "Adrianus Collaert, sculp.", "Phls Galle, excudit"
Dessin de J. Stradan gravé au burin sur cuivre par Adriaen Collaert édité par Philip GALLE
Source : Paris, BNF, Estampes, coll. Hennin, t. 3, n° 244
Amerigo Vespucci, ayant déposé à ses pieds son armure, vogue vers des rivages derrière lesquels on aperçoit le soleil disparaître à l'horizon,
avec un océan habité de figures et d'animaux allégoriques.

Amerigo Vespucci, navigateur originaire de Florence en Italie, fut le premier à penser que la côte de l'Amérique du Sud constituait un nouveau continent. En 1503, il fit état de cette découverte qu'il appela " Mundus Novus ".

Comme il signait ses écrits en latin Americus Vespuccius, le géographe Martin Waldseemüller prit la forme féminine de son prénom (comme pour Europa et Asia) et donna le nom d'America au plus méridional des deux continents du Nouveau Monde.

Universalis cosmographia... lustrationes
de  Waldseemüller (1507) projection en manteau
monochrome, gravé sur bois, à comparer seulement
avec une projection approchante comme à droite
(Ne faites pas dire aux élèves que l'Amérique est mal dessinée...!)
Source : B. M. de Saint-Dié-des-Vosges
 

Planisphère réalisé avec le logiciel de projections SG
avec une
projection de Stabius-Werner III
 

 

En 1538, le cartographe flamand Mercator reprend le nom America sur une de ses cartes. Le Nouveau Monde est désormais baptisé pour l'éternité.
Source : Herodote.net

" Notre monde vient d'en trouver un autre (et qui peut affirmer que c'est le dernier, puisque les démons, les sibylles et nous-mêmes avons ignoré celui-ci jusqu'à aujourd'hui ?), aussi grand rempli et fourni que lui, toutefois si nouveau et si enfant qu'on lui apprend encore son a, b, c : il n'y a pas cinquante ans, il ne connaissait ni les lettres, ni les poids, ni les mesures, ni les vêtements, ni les blés, ni les vignes (...).

J'ai bien peur que nous ayons fort hâté son déclin et sa ruine par notre contagion, et que nous lui ayons bien cher vendu nos opinions et nos arts. C'était un monde enfant; et pourtant nous ne l'avons pas dompté et soumis à notre discipline par notre valeur et notre force naturelle, nous ne l'avons pas séduit par notre justice ou notre bonté, ni subjugué par notre magnanimité. La plupart de leurs réponses et des négociations faites avec eux témoignent qu'ils ne nous devaient rien en clarté d'esprit naturelle et en pertinence (...).

Ce qui les a vaincus, ce sont les ruses et les boniments avec lesquels les conquérants les ont trompés, et le juste étonnement qu'apportait à ces nations-là l'arrivée inattendue de gens barbus, étrangers par la langue, la religion, l'apparence et la manière d'être, venus d'un endroit du monde si éloigné, et où ils n'avaient jamais imaginé qu'il eût quelque habitation, montés sur de grands monstres inconnus, alors qu'eux-mêmes n'avaient jamais vu de cheval ni d'autre bête dressée à porter un homme ; protégés par une peau luisante et dure, et une arme tranchante et resplendissante, alors que les Indiens, pour voir jouer une lueur sur un miroir ou la lame d'un couteau étaient prêts à donner des trésors en or et en perles (...) et qu'ils n'avaient eux-mêmes d'autres armes que des arcs, des pierres, des bâtons et des boucliers de bois : ces peuples furent surpris, sous couleur d'amitié et de bonne foi, par la curiosité de voir des choses étrangères et inconnues. Sans cette disparité, les conquérants n'auraient eu aucune chance de victoire (...).

Nous nous sommes servis de leur ignorance et de leur inexpérience pour les mener à la trahison, à la luxure, à la cupidité et à la cruauté, sur le modèle de nos mœurs, Les facilités du négoce étaient-elles à ce prix ? Tant de villes rasées, tant de nations exterminées, tant de millions d'hommes passés au fil de l'épée, la plus riche et la plus belle partie du monde bouleversée, pour faire le trafic des perles et du poivre : méprisables victoires (...) ".
Montaigne, Essais , Livre III, Chapitre VI, (écrit entre 1585 et 1588)

 

 

 

 

 

Les Cartographes & Les Nouveaux Mondes, Une représentation normande des grandes découvertes, Les cartographes normands des XVIe et XVIIe siècles, Editions Point de Vue



 


" Les européens et le monde : XVIème-XVIIIème siècle ", conférence d'Alain Hugon, professeur à l'Université de Caen (avec une bibliographie)

Voir aussi : | Les cartes anciennes | Projections cordiformes | Quesada explore la Nouvelle-Grenade |

Page mise à jour le 12/01/2013